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Les cimetières de Québec, c’est plein de vies!

Les cimetières de Québec, c’est plein de vies!

Les cimetières de Québec, c’est plein de vies!

Les cimetières de Québec, c’est plein de vies!
 
Expert-conseil en communications, Denis Angers est à la fois historien, rédacteur, réviseur, animateur et, avant tout, un passionné de Québec. Diplômé en histoire et en sciences politiques, il a été conseiller spécial et directeur à la Commission de la capitale nationale du Québec. Bénévole engagé, il est le concepteur et l’animateur de l’émission Des chemins, des histoires, qui fait découvrir des parcours historiques à travers la région de Québec.

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L’histoire des cimetières de Québec reflète l’évolution urbaine, les conflits militaires, les épidémies et les changements de mentalité face à la mort. La gestion des lieux de repos des défunts a profondément marqué le territoire québécois, depuis les premières fosses creusées à la hâte en Nouvelle-France jusqu’aux vastes cimetières paysagers aménagés à la fin du 19e siècle.

Les premières inhumations documentées remontent à l’hiver 1535-1536, lorsque 25 compagnons de Jacques Cartier meurent du scorbut et sont enterrés près de la rivière Saint-Charles, là où se trouve aujourd’hui le parc Cartier-Brébeuf.

Expédition de Cartier
Expédition de Cartier séjournant sur la rive nord
de la rivière Saint-Charles fin de l’été 1535 @Collection du Musée national des beaux-arts du Québec

Après la fondation de Québec en 1608, le premier cimetière est installé sur la côte de la Montagne, et sa présence y est aujourd’hui marquée par une grande croix de bois peinte en rouge. Y reposent notamment les compagnons de Champlain décédés au cours du catastrophique hiver de 1608-1609 ainsi que, dit-on, les premiers colons établis à Québec : Louis Hébert et Marie Rollet.
Premier cimetière de Québec
Premier cimetière de Québec
© Ville de Québec

Avec le développement de la petite colonie, les cimetières vont se multiplier dans la vieille partie de la cité. Le droit canonique catholique favorise l’inhumation ad sanctos, près des lieux saints. Conséquence : les lieux de sépulture prennent place dans la cour des églises et des chapelles. Ainsi, l’église Notre-Dame de Québec est ceinturée par trois petits cimetières nommés Sainte-Famille, Sainte-Anne et Saint-Joseph. Y sont enterrés les habitants dans un simple linceul saupoudré de chaux. Pas très loin de là, près de l’Hôtel-Dieu de Québec, se trouve le cimetière dit des Picotés, accueillant entre autres les multiples victimes de l’épidémie de petite vérole de 1702-1703 qui emporte un habitant de Québec sur dix.

Par ailleurs, les dignitaires coloniaux ainsi que les membres du clergé et les ecclésiastiques ont droit à une sépulture réputée plus noble, dans la crypte des églises. Sous le Régime français, l’église des Récollets, qui se dressait sur l’emplacement aujourd’hui occupé par la cathédrale anglicane Holy Trinity, devient en quelque sorte la nécropole de Québec. Au fil des ans, pas moins de 3 000 défunts y partageront leur dernier repos. Et pas des moindres… Les Frontenac, Callières, Jonquière, Vaudreuil et autres seront relogés après la conquête dans la crypte de la basilique Notre-Dame. Ils y reposent toujours, aux côtés de tous les évêques de Québec, à une exception près : Monseigneur de Saint-Vallier, inhumé quant à lui à l’Hôpital général qu’il a fondé en 1693.
Crypte et ossuaire dela basilique-cathédrale
Crypte et ossuaire de la basilique-cathédrale © Pelerinage Québec

Ce lieu est le seul cimetière au monde à réunir dans un même espace les dépouilles des soldats français et britanniques ainsi que de miliciens canadiens et de guerriers autochtones tombés durant la guerre de Sept Ans, la première véritable guerre mondiale. Pendant les combats, les religieuses Augustines ont soigné les blessés des deux camps et tenu un registre rigoureux des militaires qui ont été inhumés sur leurs terres. En 2001,  les restes du marquis de Montcalm ont été solennellement transportés jusqu’à un petit mausolée érigé là. Il y repose pour l’éternité parmi ses soldats pour lesquels fut aménagé à proximité un monument qui affiche les noms de tous.

Sous le Régime anglais, la croissance de la population et les épidémies à répétition, notamment celle de choléra en 1825, incitent les autorités tant civiles que religieuses à éloigner les lieux de sépulture des quartiers centraux. Il subsiste toutefois une exception : le cimetière St. Matthews. Ouvert en 1772, c’est le plus vieux cimetière protestant du Québec. Situé au coeur du quartier Saint-Jean-Baptiste, il a accueilli des personnalités notables de la minorité anglophone. On y trouve ainsi la plus vieille pierre tombale du Québec, celle de l’officier écossais Alexander Cameron, tombé en août 1759 durant le siège de Québec par les troupes de Wolfe. Fait intéressant, le texte rédigé par ses compagnons d’armes est gravé en français. Tout près se trouve la sépulture du frère de Sir Walter Scott, le célèbre auteur d’Ivanhoé et d’autres romans historiques. Devenu trop petit et rattrapé par l’expansion urbaine, le cimetière St. Matthews a été fermé, puis désacralisé et transformé en parc urbain au début des années 1980, l’église devenant une succursale de la bibliothèque municipale.
Mount Hermon
Mount Hermon

Inspirés par la beauté du Mount Hermon, les catholiques commandent au célèbre architecte Charles Baillairgé la conception de leur propre cimetière-jardin à Sainte-Foy : le cimetière Belmont. Conçu lui aussi avec des allées sinueuses et une abondante végétation, ce lieu prestigieux est devenu le panthéon de la capitale, abritant les sépultures de nombreux politiciens, artistes et figures historiques du Québec.

Dans la Basse-Ville de Québec, le long des berges de la rivière Saint-Charles, est aménagé à la même époque le plus grand cimetière catholique de la ville. Initialement perçu comme le cimetière de la classe ouvrière, surtout pour les quartiers de Saint-Roch et de Saint-Sauveur, il raconte l’histoire populaire de la ville. On y lit la dure réalité sociale de l’époque, comme la forte mortalité infantile du 19e siècle, mais on y trouve aussi des parcelles particulières, comme celle réservée à la communauté chinoise christianisée. Avec le temps, le cimetière Saint-Charles a lui aussi accueilli son lot de commerçants prospères et d’hommes politiques notables. 

Cimetière Belmont
Cimetière Belmont