Expert-conseil en communications, Denis Angers est à la fois historien, rédacteur, réviseur, animateur et, avant tout, un passionné de Québec. Diplômé en histoire et en sciences politiques, il a été conseiller spécial et directeur à la Commission de la capitale nationale du Québec. Bénévole engagé, il est le concepteur et l’animateur de l’émission Des chemins, des histoires, qui fait découvrir des parcours historiques à travers la région de Québec.
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De passage à Québec le 27 mai 1842, le grand écrivain anglais Charles Dickens donne à la cité de Champlain un surnom qui va marquer l’imaginaire : le Gibraltar d’Amérique. L’auteur d’Oliver Twist est en effet impressionné par les hauteurs du cap aux Diamants sur lesquelles se dresse désormais la célèbre Citadelle, tout juste complétée au terme d’un chantier de vingt ans. Ce faisant, Dickens s’inscrit dans la foulée de Samuel de Champlain qui, justement, avait, deux siècles plus tôt, choisi d’installer son établissement à Québec pour des raisons tant militaires que stratégiques.
Cap Diamant 1832
Champlain, dès 1607, reconnaît le fleuve et réalise que le site de Québec combine une position militaire stratégique, juchée sur un cap de pierre à 66 mètres au-dessus du niveau des eaux, et un point de contrôle naturel du trafic maritime vers l’amont, en raison du rétrécissement du Saint-Laurent.
Le fondateur s’empresse de fortifier son Habitation, dès 1608, et à construire au-dessus, sur le cap, un premier fort baptisé Saint-Louis. C’est au départ un simple enclos entouré d’une palissade de pieux. Ce modeste fort n’offrira pas une grande résistance aux frères Kirke lorsque, en 1629, ces corsaires au service de l’Angleterre assiègent et prennent Québec.
Château St-Louis 1608
Redevenue française par le Traité de Saint-Germainen-Laye en 1633, la petite colonie va rapidement se donner un fort Saint-Louis plus costaud, renforcé de murs de pierres. Mais sans plus…
Il faut attendre que l’amiral William Phips vienne en 1689 faire le siège de la ville défendue par le comte de Frontenac pour que la nécessité de fortifier Québec devienne impérative.
La bataille de Québec en 1690
L’ouvrage de renforcement, amorcé sous la direction du major François Provost, se fera en étapes. Ses premiers murs sont rudimentaires : palissades qui encerclent la cité et redoutes en maçonnerie, dont celle du cap aux Diamants.
Après l’attaque de Phips, les travaux sérieux commencent. Face à la menace d’un nouvel assaut, Frontenac mandate l’ingénieur Berthelot de Beaucours pour ériger une forte enceinte en terre remblayée, parée de pierre. Y sont intégrés un élément bastionné, le Cavelier du Moulin, trois portes renforcées ainsi que la Batterie royale aménagée au raz des flots, à la basse-ville.
Au XVIIIe siècle, l’enceinte initiale est déplacée vers l’ouest, en raison de l’expansion de la ville de Québec, étouffée entre les murs de Beaucours. Et ça presse car, après une période de paix suivant le Traité d’Utrecht de 1713, il faut vite relever les fortifications devant une menace anglaise imminente.
À partir de 1745 donc, l’ingénieur Chaussegros de Léry supervise la construction d’une nouvelle enceinte bastionnée plus structurée, plus solide et largement inspirée des principes de fortification établis par Sébastien Le Prestre de Vauban. Sous sa gouverne, les Français construisent une citadelle provisoire sur les hauteurs d’Abraham et des courtines reliant les divers bastions. Ce sont ces murs qui se dressent toujours à l’ouest de Québec…Rempart ouest 1745
Après la Conquête, les Britanniques héritent de ces fortifications et les complètent, craignant d’abord une revanche française puis, après 1775, une invasion américaine.
Progressivement, les militaires britanniques vont donc parachever les plans de Chaussegros, élever une solide muraille autour de toute la ville, construire des portes imposantes puis, surtout, ériger la Citadelle entre 1819 et 1831, sous l’autorité d’Elias Walker Durnford. Cette forteresse en étoile, bâtie sur le point le plus élevé du cap, est le plus grand ouvrage britannique jamais construit en Amérique.
Après le retrait des garnisons en 1871, le gouvernement canadien envisage de démolir les portes et une partie des remparts pour faciliter la circulation. Mais le gouverneur Dufferin s’y oppose avec vigueur et propose au contraire de les embellir; il demande à l’architecte William Lynn de concevoir de nouvelles structures de style néogothique plus larges et plus ornementées. Ce seront les portes Saint-Louis, Kent et Saint-Jean. Cette dernière sera plus tard démolie puis reconstruite en 1939; s’y adjoindra en 1983 une porte Prescott plus épurée, à mi-hauteur de la côte de la Montagne.Citadelle de Québec
Depuis, Québec demeure la seule ville fortifiée au nord du Mexique dont les remparts soient debout. Cette unicité a valu au Gibraltar d’Amérique une inscriptionau patrimoine mondial de l’UNESCO, en 1985.
Envie d’en savoir plus sur l’histoire de Québec? Rendez-vous sur le site MAMTL pour visionner la série Des chemins des histoires, animée par Denis Angers, avec la collaboration de Taïna Lavoie.
QUÉBEC FORTIFIÉE, LE GIBRALTAR D’AMÉRIQUE
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