Expert-conseil en communications, Denis Angers est à la fois historien, rédacteur, réviseur, animateur et, avant tout, un passionné de Québec. Diplômé en histoire et en sciences politiques, il a été conseiller spécial et directeur à la Commission de la capitale nationale du Québec. Bénévole engagé, il est le concepteur et l’animateur de l’émission Des chemins, des histoires, qui fait découvrir des parcours historiques à travers la région de Québec.
Québec, 1893. Un nouveau et majestueux bâtiment trône désormais sur le cap Diamant. Conçu par l’architecte Bruce Davis, il est destiné à de-venir tout à la fois l’emblème de la Vieille Capitale et, dit-on, l’hôtel le plus photographié au monde. Il s’agit évidemment du prestigieux Château Frontenac, fleuron des hôtels du Canadien Pacifique qui est, à l’époque, le réseau de transport intégré le plus vaste au monde. C’est le temps fort des gros chars, ces trains nommés ainsi pour les différencier des petits chars du tramway…
Le CP, de son petit nom, est en constante expansion depuis sa création en 1881. Après avoir complété le réseau transcontinental jusqu’au Pacifique, il acquiert en 1885 la voie ferrée joignant Montréal à Québec par la rive nord du fleuve. En parallèle, le CP constitue une flotte de paquebots destinés à relier le Canada au Royaume-Uni, de Québec à Liverpool. Re-connaissables à leurs cheminées aux carreaux peints en rouge et blanc, les Empress du CP seront les reines du Saint-Laurent durant presque un siècle.
Le modèle d’affaires se présente donc comme suit : le chemin de fer du CP achemine jusqu’à Québec des passagers qui, pour plusieurs, embarquent vers le Vieux Continent sur un navire du CP après avoir séjourné dans un hôtel du CP, le Château Frontenac. C’est ce qu’on appelle en termes économiques une intégration verticale complète.
L’affaire marche bien tant et aussi longtemps que le fleuve demeure libre de glace. Toutefois, l’hiver et le gel des eaux venus, il faut impérativement trouver un attrait renouvelé à Québec pour maintenir un taux d’occupation acceptable dans l’illustre Château Frontenac ainsi que dans les autres établissements hôteliers à proximité, dont le Clarendon, le Mountain Hill, le Victoria, l’Union, etc.
Dès 1894, Québec conjuguera par conséquent des activités variées, pour beaucoup destinées aux visiteurs, et sera propulsée au premier rang des destinations hivernales. Par exemple, la célèbre descente en toboggan qui dévale depuis les hauteurs du cap Diamant jusqu’à la terrasse Dufferin devient un in-contournable pour le touriste en quête d’émotions fortes. Elle l’est toujours aujourd’hui.
Tout à côté de l’arrivée de la piste du toboggan, au pied du monument Wolfe-Montcalm, le CP aménage également un rond de glace, appellation ancienne d’une patinoire à ciel ouvert. À quelques pas, les traîneaux à cheval, où se pressent des passagers vêtus de manteaux de fourrure et emmitouflés sous des couvertures de laine multicolores, sont prêts à partir.
Mais, surtout, les tenants des activités hivernales vont promouvoir la tenue du premier grand carnaval d’hiver de Québec. Celui-ci, déjà, comprend en 1894 un monumental palais de glace sur les remparts, au sud de la porte Saint-Louis, et y est organisée une panoplie d’événements festifs et sportifs.
Les clubs de raquetteurs, à l’époque extrêmement populaires dans tout le nord-est de l’Amérique, vont aussi faire de Québec le lieu de leurs rendez-vous annuels, s’y rendant dans les gros chars du CP et s’y logeant notamment au Château Frontenac.
Partout à Québec, les rues sont décorées de branches de sapin, d’arcs de triomphe éphémères et de drapeaux multicolores. Pour clore le Carnaval de manière grandiose est présentée une grande bataille nocturne qui reconstitue la prise du palais de glace par des hordes de raquetteurs, et des feux d’artifice illuminent le ciel.
Le succès de ce premier grand carnaval consacre Québec comme première destination hivernale d’Amérique jusqu’à la Première Guerre mondiale. L’idée sera reprise et magnifiée à compter de 1955 autour de Bonhomme Carnaval, qui demeure tou-jours aujourd’hui l’inégalé roi de la fête…
PLAISIRS D’HIVER : C’EST LA FAUTE AUX GROS CHARS
PLAISIRS D’HIVER : C’EST LA FAUTE AUX GROS CHARS
Expert-conseil en communications, Denis Angers est à la fois historien, rédacteur, réviseur, animateur et, avant tout, un passionné de Québec. Diplômé en histoire et en sciences politiques, il a été conseiller spécial et directeur à la Commission de la capitale nationale du Québec. Bénévole engagé, il est le concepteur et l’animateur de l’émission Des chemins, des histoires, qui fait découvrir des parcours historiques à travers la région de Québec.
Québec, 1893. Un nouveau et majestueux bâtiment trône désormais sur le cap Diamant. Conçu par l’architecte Bruce Davis, il est destiné à de-venir tout à la fois l’emblème de la Vieille Capitale et, dit-on, l’hôtel le plus photographié au monde. Il s’agit évidemment du prestigieux Château Frontenac, fleuron des hôtels du Canadien Pacifique qui est, à l’époque, le réseau de transport intégré le plus vaste au monde. C’est le temps fort des gros chars, ces trains nommés ainsi pour les différencier des petits chars du tramway…
Le CP, de son petit nom, est en constante expansion depuis sa création en 1881. Après avoir complété le réseau transcontinental jusqu’au Pacifique, il acquiert en 1885 la voie ferrée joignant Montréal à Québec par la rive nord du fleuve. En parallèle, le CP constitue une flotte de paquebots destinés à relier le Canada au Royaume-Uni, de Québec à Liverpool. Re-connaissables à leurs cheminées aux carreaux peints en rouge et blanc, les Empress du CP seront les reines du Saint-Laurent durant presque un siècle.
Le modèle d’affaires se présente donc comme suit : le chemin de fer du CP achemine jusqu’à Québec des passagers qui, pour plusieurs, embarquent vers le Vieux Continent sur un navire du CP après avoir séjourné dans un hôtel du CP, le Château Frontenac. C’est ce qu’on appelle en termes économiques une intégration verticale complète.À lire également sur Voilà Québec
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