Expert-conseil en communications, Denis Angers est à la fois historien, rédacteur, réviseur, animateur et, avant tout, un passionné de Québec. Diplômé en histoire et en sciences politiques, il a été conseiller spécial et directeur à la Commission de la capitale nationale du Québec. Bénévole engagé, il est le concepteur et l’animateur de l’émission Des chemins, des histoires, qui fait découvrir des parcours historiques à travers la région de Québec.
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Il y aura bientôt 147 ans, en novembre 1879, les Québécois d’antan assistèrent à la mise en marche d’une merveille technologique pour l’époque : le funiculaire qui permettrait aux badauds comme aux commerçants d’épargner l’ascension ardue de l’abrupte côte de la Montagne.
À l’époque, c’est à pied ou en charrette attelée que l’accès à la haute-ville se faisait, au terme d’une montée parfois épuisante pour certains. C’est pourquoi le funiculaire suscita dès le premier jour un véritable engouement.
Il faut dire que sa mise en oeuvre n’avait pas été de tout repos. Ce projet était piloté par William Griffith, le propriétaire de l’historique maison de
Louis Jolliet, une belle résidence tricentenaire qui accueille toujours les utilisateurs du funiculaire.
Pour Griffith, le projet de relier la basse-ville à la haute-ville par un lien mécanique avait été un parcours du combattant riche en rebondissements. Si la construction du plan incliné s’était bien déroulée, il n’en avait pas été de même pour l’aménagement d’une sortie sur la terrasse Dufferin, qui venait à peine d’être construite. En effet, les autorités municipales refusaient catégoriquement de permettre le percement du plancher dont elles avaient payé l’installation… Et le soutien du premier ministre Joly de Lotbinière à Griffith ne suffisait pas. Le funiculaire original rejoignit donc la rue Sainte-Anne par un sombre tunnel aménagé sous la terrasse…
Cette machine était bien de son temps, fonctionnant à la vapeur. Un petit moteur de 12 chevaux actionnait une pompe qui emplissait un réservoir d’eau ; celui-ci agissait ensuite comme un contrepoids permettant la montée de la cabine de bois. C’était bruyant, enfumé, mais efficace et fort apprécié des commerçants de la basse-ville et de leurs livreurs. Au départ, le funiculaire servait tout autant au transport des marchandises qu’à celui des passagers, et ce, au prix de trois sous le passage…
Les affaires allaient bon train, et le funiculaire de Québec suscita quelques années plus tard la convoitise d’un groupe d’investisseurs dirigé par
un rejeton de la célèbre famille Taschereau : le notaire Charles-Édouard. Sa « Quebec Passager and Elevator Company Ltd » investit conséquemment la rondelette somme de 112 000 $ dans l’entreprise.
Comme toutes les histoires, celle du funiculaire traversa également des moments difficiles. Ainsi, dès 1917, un premier incendie attribué à un court-circuit électrique ravagea la salle des machines, sous la terrasse Dufferin. La reconstruction fut confiée à l’architecte réputé Georges Tanguay, qui donna une fière allure à l’accès supérieur.
Puis, après trente ans sans histoire, un second incendie, majeur celui-là, dévora les installations le 2 juillet 1945. Le vénérable funiculaire fut complètement détruit par les flammes, heureusement sans faire de victimes. Cette catastrophe eut deux conséquences : d’une part, toute l’installation fut remplacée, reconstruite et cloisonnée sous une structure de métal, à l’épreuve du feu. D’autre part, le funiculaire changea de propriétaires, le groupe de Taschereau cédant ses droits à un investisseur américain qui avait déjà à son crédit la construction de la papeterie de Donnacona : Robert Kernan. L’épouse de Kernan, Alice, passionnée d’histoire, pilota rapidement un ambitieux projet de rénovation de la maison de Louis Jolliet, illustre explorateur, découvreur du Mississippi, musicien réputé et grand seigneur de la Nouvelle-France.Le logis de Jolliet devint donc, dès 1946, le premier immeuble restauré à l’ancienne dans la basse-ville de Québec. Ce chantier inspira des années plus tard le programme de restauration de la place Royale.Vue du Funiculaire depuis la rue Sous-le-Fort
En 1963, de nouveaux propriétaires firent leur entrée : la famille Armstrong, le père Ernest et ses fils Jean-Guy et Robert.
Au début des années 1970, la direction du patrimoine du gouvernement du Québec envisagea d’éliminer le funiculaire, jugeant la cage métallique
disgracieuse. Jean-Guy Armstrong le sauva en recourant aux services de Jacques DeBlois, un architecte visionnaire. Celui-ci proposa de transformer l’ensemble en funiculaire panoramique pour offrir aux usagers une vue incomparable sur le fleuve et sur le quartier du Petit Champlain.
Bien des années plus tard, le 12 octobre 1996, le malheur frappa à nouveau. Une défaillance technique provoqua un grave accident qui coûta la
vie à deux passagers. Cet événement entraîna une fermeture prolongée et une refonte totale de l’équipement. Le funiculaire fut entièrement
reconstruit en 1998, et ses cabines devinrent indépendantes et autonomes.
Le funiculaire de Québec est aujourd’hui la propriété de la famille Pedneault qui se fait un point d’honneur d’entretenir et de mettre en valeur le
plus vieux funiculaire d’Amérique du Nord encore en service. À presque 150 ans d’âge, il est aujourd’hui un moyen de transport original et un véritable symbole du Vieux-Québec, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Envie d’en savoir plus sur l’histoire de Québec? Rendez-vous sur la série Des chemins, des histoires…, animée par Denis Angers, avec la collaboration de Taïna Lavoie.
La falaise apprivoisée
La falaise apprivoisée
© BAnQ, fonds J.E. Livernois Ltée,
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